ESPERANTO. Encyclopédie anarchiste. Texte établi par Sébastien Faure, 1925-1934 (tome 2, p. 700-713)

ESPERANTO. Langue artificielle d’étude facile qui, sans se substituer aux langues nationales, permet à des hommes de mœurs et de langage les plus différents de se comprendre et d’établir entre eux des relations.

Esperanto signifie : qui espère. C’est de ce pseudonyme que le Docteur Zamenhof, auteur de la langue qui a gardé ce nom, signa ses premiers ouvrages sur ce sujet. C’est qu’un grand espoir ranimait, en effet, ce chercheur lorsqu’il travaillait à son projet de langue universelle. (Voir ci-dessous Zamenhof).

Origine et structure. — L’Esperanto n’est pas composé de mots et de formes arbitraires nés dans l’esprit de Zamenhof ; il est le fruit d’un long travail de recherches et de comparaisons linguistiques.

Toutes les racines sont tirées des langues Indo-Européennes, le choix de l’auteur étant guidé par le seul souci de rechercher les plus répandues, sauf les cas où celles-ci offraient trop de difficultés de prononciation ou bien quand l’une d’elles, par trop de similitude avec une autre, pouvait prêter à confusion.

Pour la grammaire, elle est basée sur la plus simple : l’anglaise ; le vocabulaire est réduit au minimum par le jeu des affixes et des prépositions employées comme affixes.

Dans les verbes, le nombre de temps est limité à l’indispensable pour la clarté du discours.

Toute la grammaire tient en 16 règles sans aucune exception. Les voici en peu de lignes :

1° Un seul article défini : la, pour tous les genres et pour tous les nombres, pas d’article indéfini.

2° Le substantif se termine toujours par o, auquel on ajoute j au pluriel. Deux cas seulement : le nominatif et l’accusatif, ce dernier est indiqué par un n final, les prépositions : de, al, per, por, etc., remplacent les autres cas.

3° L’adjectif prend la finale : a, les cas sont indiqués comme au substantif. Le comparatif se forme au moyen du mot : pli, le superlatif au moyen du mot : plej, le que du comparatif se traduit par : ol, le de du superlatif par : el.

4° Les adjectifs numéraux cardinaux sont invariables, on leur ajoute l’a de l’adjectif pour former les numéraux ordinaux, obi pour les multiplicatifs, on pour les fractionnaires, op pour les collectifs ; on place po avant les cardinaux pour indiquer les distributifs,

5° Les pronoms personnels sont : mi (je), vi (tu, vous), li (il), si (elle), gi (il, elle neutre), si (soi), ni (nous), ili (ils, elles), oni (on), précédés par la (le, la les) et, terminés par a, ils deviennent possessifs.

6° Le verbe n’a ni genre, ni nombre ; il prend les désinences suivantes : présent : as, passé : is, futur : os, conditionnel : us, impératif : u, infinitif : i, participe présent actif : ant, participe présent passif : at, participe passé actif : int, participe passé passif : it, participe futur actif : ont, participe futur passif : ot.

7° L’adverbe prend la finale : e.

8° Toutes les prépositions impliquent le nominatif.

9° Chaque mot se prononce comme il s’écrit.

10° L’accent tonique se place toujours sur l’avant-dernière syllabe.

11° Les mots composés sont formés par la réunion de mots simples, le mot fondamental placé à la fin.

12° Si un mot de sens négatif se trouve dans une phrase, on supprime l’adverbe de négation : ne.

13° Si le mot indique le lieu où l’on se rend, il prend l’n de l’accusatif.

14° Chaque préposition a, en Esperanto, un sens très défini sauf une : je qui s’emploie dans les cas douteux où toute autre préposition ne s’impose plus.

15° Les mots étrangers, c’est-à-dire ceux que presque toutes les langues ont empruntés à la même source ne changent pas en Esperanto, ils prennent seulement l’orthographe et la terminaison de la langue.

16° Les terminaisons des substantifs et de l’article peuvent se supprimer et se remplacer par une apostrophe. Cette règle s’appliquant principalement en versification.

Diffusion de l’Esperanto. — De 1887, époque où Zamenhof fit éditer son premier manuel, jusqu’en 1905 date du premier Congrès esperantiste tenu à Boulogne-sur-Mer, l’Esperanto rencontra bien des difficultés, mais sa création et ses débuts sont si étroitement liés à la vie même de son auteur, qu’il est impossible de les séparer. L’histoire de la langue est l’histoire de l’homme.

Après Boulogne commença seulement la période de propagande et de diffusion dans tous les milieux. Chaque année, sauf pendant la guerre, un Congrès réunit les délégués des espérantistes de tous pays et de toutes tendances groupés dans Universala Esperanta Asocio (U. E. A.), Association Universelle Espérantiste.

Cependant, il faut reconnaître que, contrairement à l’espoir de Zamenhof, l’Esperanto pénétra beaucoup plus rapidement dans les milieux bourgeois qui l’employèrent à des fins dépourvues d’idéalisme. Les commerçants surtout en comprirent toute l’utilité pour le développement de leurs affaires. Des bourgeois désœuvrés l’apprirent par snobisme. Les institutions catholiques se gardèrent de négliger cet outil qui pouvait si bien servir leur propagande. Les policiers, enfin, se hâtèrent d’en tirer parti. Hélas, les chauvins eux-mêmes n’eurent pas de scrupules à l’employer pour leurs desseins pendant la guerre.

Plus lentement, mais de façon certaine, la nouvelle langue pénétra dans les milieux ouvriers et révolutionnaires. Les anarchistes et syndicalistes anarchistes qui formaient l’élément le plus nombreux dans les milieux espérantistes prolétariens d’avant-guerre se groupaient dans l’association internationale Paco-Libereco, « Paix-Liberté », qui éditait une revue courageuse Internacia Socia Revuo. Plusieurs traductions d’ouvrages anarchistes datent de 1907 et de 1908 et ont été édités par les soins de cette association.

Plus tard se constitua une autre organisation internationale réunissant les révolutionnaires de toutes tendances Liberiga Stelo, « L’Étoile Libératrice », tous les espérantistes d’avant-garde apportèrent leurs efforts à la nouvelle association.

Un grand mouvement se dessinait dans les milieux prolétariens pour se séparer totalement des espérantistes bourgeois.

En 1914, le 10e Congrès de U. E. A. devait s’ouvrir à Paris. Les révolutionnaires avaient projeté de profiter de la présence des délégués pour organiser un premier Congrès Ouvrier.

Le Travailleur Esperantiste, organe de l’Union Esperantiste Ouvrière Française offrit ses colonnes aux organisateurs de ce Congrès. Hélas, la guerre vint et tout espoir dut être abandonné provisoirement.

Après la guerre Le Travailleur Espérantiste fit paraître un supplément en Esperanto Esperantista Laboristo qui devint l’organe officieux de Liberiga Stelo.

Puis vint le Congrès de Prague (1921). Le premier Congrès ouvrier préparé depuis 1914 put enfin avoir lieu à l’issue de celui de U. E. A. Là se consacra la scission. Liberiga Stelo devint Sennacieca Asocio Tutmonda (S. A.T.) Association Mondiale A-nationale. Esperantista Laboristo prit le nom de Sennacieca Revuo et devint l’organe officiel de la nouvelle association.

Cette association comprend actuellement 3.500 membres et fonctionne parfaitement, faisant paraître un hebdomadaire Sennaciulo tirant à 6.000 exemplaires et une revue mensuelle Sennacieca Revuo ayant plus de 3.000 abonnés.

Les anarchistes esperantistes, sentant à leur tour le besoin de faire entendre leur voix, d’exprimer librement leur pensée toute entière sur toutes choses, ont compris la nécessité de s’ouvrir un champ d’action qui leur serait propre et où aucune censure ne viendrait châtrer leur pensée, amoindrir la force de leur argumentation, ils ont rêvé d’un organe où ils pourraient ouvrir des débats d’idées sur les questions sociales, philosophiques ou autres du point de vue vraiment anarchiste et ainsi fut fondée en 1924 la Tutmonda Ligo de Esperantistoj Senstatanoj (T. L. E. S.), Ligue Mondiale des Antiétatistes Espérantistes, qui vient à son tour d’éditer son organe Libera Laboristo.

En dehors des organisations purement esperantistes, la langue internationale est utilisée par un nombre considérable de personnes et de groupements.

Des organisations bourgeoises telles que : Chambres de commerce, Comités des Foires internationales, Offices de Tourisme, etc… l’emploient avec d’heureux résultats. Le Bureau International du Travail l’emploie pour sa correspondance au même titre que les autres langues.

L’Esperanto est enseigné dans bon nombre d’écoles primaires et secondaires dans beaucoup de pays. Il est inutile de s’étendre sur les progrès qu’il a faits dans la T. S. F. et les services qu’il rend dans cette voie.

Mais c’est surtout dans les organisations ouvrières qu’il montre son utilité et devient chaque jour un auxiliaire plus précieux.

L’Internationale de l’Enseignement assure toute sa documentation sur le mouvement pédagogique mondial presqu’exclusivement au moyen de l’Esperanto. L’Esperanto est même si répandu chez les postiers qu’ils ont pu former une ligue Internacia Ligo de Esperantistaj Post-Telegrafistoj (I.L.E.P.T.O.), Ligue Internationale des Postiers-Télégraphistes Esperantistes, qui fait paraître une revue mensuelle très intéressante, La Interligilo de l’P.T.T. ; La Fédération Internationale des Transports l’utilise également pour ses rapports internationaux.

L’Association Internationale des Travailleurs publie un bulletin d’informations en Esperanto.

Toutes les organisations ouvrières japonaises utilisent l’Esperanto. Il faut remarquer qu’il est très répandu en Extrême-Orient : Chine, Japon, très répandu également en Russie ; que les pays centraux, Allemagne, Autriche, Tchécoslovaquie, etc., en comptent une proportion beaucoup plus forte que les pays occidentaux.

Actuellement cinquante journaux ou revues paraissent entièrement rédigés en Esperanto et cinquante-quatre, partie en Esperanto, partie en langue nationale.

L’Esperanto et les Anarchistes. — D’après le chemin parcouru par l’Esperanto en trente-huit ans, il est facile de se rendre compte qu’il répond à un besoin. La vie moderne n’est plus nationale, elle est devenue internationale, mondiale.

L’homme d’aujourd’hui ne peut plus ignorer ce qui se passe hors de son pays. L’anarchiste ne le peut ni ne le veut. Il ne peut se contenter des informations intéressées des journaux bourgeois. Des organismes se sont créés pour renseigner les camarades de façon impartiale, mais le temps passé en traductions et retraductions fait perdre de l’importance à toute information qui ne vient plus à son heure.

Nous avons besoin aujourd’hui de savoir tout et de savoir vite ce qui se passe dans le monde entier.

Nous avons besoin aussi de savoir quelle forme particulière prend l’idée anarchiste lorsqu’elle est étudiée et approfondie par des hommes chez qui les mœurs et l’éducation différentes des nôtres ont créé une mentalité également différente de la nôtre ; nous avons besoin de comparer les pensées et les œuvres de tous. Seul, l’emploi généralisé de l’Esperanto peut résoudre ces problèmes.

En l’utilisant pour ces fins, les anarchistes rendent à l’Esperanto toute sa valeur sociale ; c’est pourquoi ils ont voulu créer leur organisme propre T.L.E.S.. Il leur appartenait de redonner à cette incomparable invention le but que lui avait assigné son auteur : l’intercompréhension entre les hommes, but qui, atteint, fera peut-être naître entre eux les sentiments de fraternité et d’amour. Mais ce but n’est-il pas aussi l’un de ceux que se propose l’Anarchie ? Ainsi, sans le savoir, peut-être, Zamenhof, par son œuvre, collabora à l’œuvre anarchiste.

Zamenhof (Louis-Lazare). — Docteur et philologue, auteur de l’Esperanto, né en 1859, à Bielostock.

Placé par les hasards de sa naissance dans cette partie de la Pologne déchirée où vivaient, dans un perpétuel état de lutte plusieurs races possédant chacune leur dialecte propre, où les querelles nées de l’incompréhension éclataient à chaque instant, il fut souvent le témoin de scènes douloureuses entre Juifs, Russes, Allemands et Polonais. La vue de ces malheureux opprimés se haïssant et s’entre-déchirant sans se comprendre l’attristait.

Profondément bon, et surtout ami de la paix et de la fraternité, il souffrit plus que tout autre au spectacle de cette image en raccourci de l’humanité ravagée par les guerres et à ce moment naquit en lui le désir d’apporter un remède à cet état de choses.

Cependant, il n’avait pas quinze ans. A partir de ce moment, cette question, sans cesse, occupa son cerveau. Il envisagea différentes solutions, mais une seule lui sembla digne d’être retenue : le recours à une langue unique. Mais laquelle ? L’inimitié qui divise les races s’oppose à l’adoption d’une langue vivante. Une langue morte : grec ou latin, ne possède pas un vocabulaire suffisamment riche pour servir de moyen d’expression aux hommes modernes, la vie d’aujourd’hui étant beaucoup plus compliquée. Il aurait été nécessaire de l’accommoder, de l’enrichir, à tel point qu’elle en aurait été complètement transformée. Il fallait à tout prix créer une nouvelle langue.

Cette conviction acquise, il résolut de se consacrer à l’élaboration d’une langue artificielle.

D’intelligence précoce et connaissant déjà le français et l’allemand, il se mit aussitôt au travail, étudiant le latin et le grec, puis l’anglais. La tâche était lourde, mais le rêve était grand, le but à atteindre si attirant ! Cependant, la besogne était difficile et délicate. Le jeune Zamenhof avait, en effet, la claire conscience de ce que devait être cette langue nouvelle : non pas seulement un langage pour les lettrés ou les gens d’instruction moyenne, mais aussi, mais surtout pour le peuple, pour l’ouvrier, qui n’a que peu de temps à sacrifier à l’étude ; il fallait que cette langue fût claire, très simple, pour pouvoir être rapidement apprise ; il fallait cependant qu’elle pût tout exprimer.

Après plusieurs projets abandonnés successivement, Zamenhof termina, en 1878, un premier essai très imparfait, mais établi déjà sur les bases de l’Esperanto actuel. Obligé, par la volonté paternelle, de renoncer à son projet, il cessa d’y travailler pendant les trois années qu’il passa à l’Université de Moscou comme étudiant en médecine, mais son rêve, donner aux hommes le moyen de fraterniser, l’habitait toujours et toujours il songeait à son projet.

Aussi, le reprit-il dès son retour à Varsovie. Pendant six ans, patiemment, obstinément, il travailla, se montrant peu, renonçant à toute joie extérieure, consacrant ainsi ses plus belles années à son œuvre.

Enfin, en 1887, il jugea son projet suffisamment à point pour voir le jour. Il avait mis dans l’élaboration de cette langue un peu plus que son savoir ; il y avait mis un peu de sa vie, de son idéal. Il voulait que la langue fût humaine, qu’elle pût traduire les sentiments profonds des hommes,

Il s’était astreint à penser dans sa langue, se faisant des lectures à haute voix, ce qui l’amena, dans bien des cas, à supprimer des formes plus rigoureusement scientifiques pour conserver plus d’harmonie ; la langue devant être non seulement écrite mais aussi parlée, la phonétique ne devait pas être sacrifiée à la rigoureuse logique.

L’Esperanto connut des débuts difficiles. Le premier livre d’étude parut en langue russe en juillet 1887 ; la même année, Zamenhof en fit paraître des traductions polonaise, française et allemande. La nouvelle langue s’appelait alors simplement : langue internationale.

Il faut noter que le temps et l’usage seuls lui ont donné son nom actuel. Les adeptes de la langue artificielle en firent d’abord : la Lingvo de Esperanto, puis la Lingvo Esperanta, enfin l’Esperanto.

La diffusion se fit lentement ; elle toucha d’abord quelques personnalités à qui les premiers livrés avaient été envoyés, puis une société américaine : American Philosophical Society of Philadelphia, qui venait juste de rejeter le Volapük eut connaissance de la brochure de Zamenhof et son comité, trouvant dans cette œuvre une solution vraiment rationnelle du problème de la langue internationale la fit éditer avec un dictionnaire anglo-esperanto.

Ce fait remplit de joie l’auteur qui, modeste, ne désirait pas se mettre en vue. D’ailleurs, l’outil forgé par lui pour tous, devait être, selon lui, perfectionné par tous ; la pratique, de plus en plus répandue, devait apporter elle-même les changements nécessaires. Pour cela même, il se refusa toujours d’augmenter lui-même son vocabulaire primitif. Il était, disait-il, « initiateur » et non « créateur » : « Une base est nécessaire, ma première brochure sera cette base ; elle contient toute la grammaire et un assez grand nombre de mots… Sur cette base doit se développer la langue comme croît le chêne sorti de l’humble gland… Le reste sera le fait de la Société humaine et de la vie, comme dans toutes les langues vivantes… Les mots incommodes disparaîtront d’eux-mêmes faute d’être employés, d’autres pénétreront dans la langue selon les besoins ».

Ainsi, en effet, se développa la langue, à mesure qu’elle se répandit. Alors que les dictionnaires contenaient à l’origine 918 racines, il y en a aujourd’hui plus de 4.000 communément employées.

L’une après l’autre, quelques personnalités s’intéressèrent à la langue. Enfin, en 1889, parut le journal L’Esperantiste, les premiers numéros d’abord en allemand et en esperanto, puis, par la suite, presqu’entièrement en esperanto. Quelques groupes amis se formèrent en Allemagne et en Bulgarie.

En 1891, existaient déjà trente-trois livres d’étude ou de propagande en douze langues, dix-sept auteurs avaient été traduits et déjà on comptait quelques petits ouvrages originaux. En 1893, Zamenhof fit paraître L’Universala Vortaro, dictionnaire qui contenait déjà 1.700 nouvelles racines puisées dans la littérature esperantiste, justifiant les prophéties de l’auteur.

En 1894, malgré l’effort de Zamenhof et de quelques amis dévoués, la parution de L’Espérantiste dut cesser. En même temps, le découragement se manifesta chez les premiers espérantistes. Cependant, de nouveaux clubs s’étaient formés.

En 1895, le club d’Upsola, en Suède, tentait un effort et mettait debout le journal Lingvo Internacia qui, en 1896, ouvrait un concours littéraire.

Zamenhof s’était fait oculiste, ayant abandonné la médecine générale. Il s’était installé dans un quartier pauvre de Varsovie et soignait surtout une clientèle nécessiteuse. Il passa ainsi toute sa vie, modestement et pauvrement, entre sa femme et leurs enfants. Malgré le dur labeur de la journée, il se remettait chaque soir à sa table, écrivant, traduisant une partie de la nuit. De 1900 à 1905, le mouvement avait pris plus d’ampleur : deux associations nationales existaient et éditaient des journaux. Mais, entre les années du début et cette date heureuse du premier Congrès Espérantiste, 1905, bien des difficultés se dressèrent devant l’Esperanto, en entravant la marche des projets et contre-projets de réformes sur lesquels n’arrivaient pas à se mettre d’accord les réformateurs gênèrent beaucoup la propagande. Aussi, à Boulogne, on en revint à la solution la plus sage, celle de l’auteur : sur la base immuable du « Fundamento », laisser l’évolution s’accomplir d’elle-même.

Les années passèrent ; l’Esperanto se répandit de plus en plus, mais Zamenhof eut à souffrir de voir son œuvre détournée de son but par une partie des espérantistes eux-mêmes. Vint 1914. Le Congrès devait se tenir à Paris, au début d’août. Zamenhof avait projeté de réunir, à l’issue du Congrès, une conférence des pacifistes ; les organisateurs du Congrès refusèrent de faire connaître son projet par crainte de représailles des chauvins qui, déjà, s’agitaient. Indigné et peiné, Zamenhof résolut de venir malgré tout à Paris et d’essayer, avec quelques amis, de préparer un Congrès de pacifistes en pays neutre.

Hélas ! Lorsqu’il arriva à Cologne, les hostilités commencées l’obligèrent à renoncer à son voyage. Toute la nuit, les passages de troupes sur le Rhin lui rappelèrent l’odieuse réalité. L’image de la guerre se dressait devant ses yeux. Il arrivait trop tard, lui et son rêve de paix et de fraternité universelles. Il sentit quelque chose se briser en lui. Il revint à Varsovie après un voyage épuisant de huit jours dans des trains bondés, sans pouvoir s’asseoir, sans presque manger, toujours accompagné par sa dévouée compagne. Il rentra dans son logis qu’il ne quitta plus ; la maladie de cœur qui, trois ans plus tard l’emporta, venait de se déclarer, lui imposant l’inaction.

Déchiré, torturé de voir son grand rêve d’amour et de fraternité démenti par la plus hideuse des boucheries, il osa encore espérer en l’avenir. Il s’employa à la préparation d’un Congrès de Pacifistes. Puis il élabora un projet de convention internationale européenne qui, dans sa pensée, devait garantir la paix. Mais la guerre se prolongeait. Il souffrait pour tous et son mal empirait. Comme si cela n’était pas suffisant, il fut frappé dans ses affections. La Révolution russe avait apporté un peu d’espoir. Mais il s’éteignit le 14 avril 1917, en pleine guerre, tué par elle, après avoir voué sa vie à la cause de la Fraternité universelle.

Bibliographie. — Des livres d’étude de l’Esperanto existent dans trente-neuf langues, à savoir, en :

Allemand, anglais, arabe, arménien, bulgare, catalan, chinois, croate, danois, espagnol, estonien, finnois, français, gallois, géorgien, grec, hébreu, hollandais, hongrois, islandais, italien, japonais, latin, letton, lithuanien, persan, polonais, portugais, roumain, russe, ruthène, serbe, slovaque, slovène, suédois, tchèque, turc, ukrainien, visaïen.

Le nombre exact des ouvrages publiés manque pour plusieurs pays. Voici cependant une liste assez intéressante :

Allemagne, 50 manuels, 18 dictionnaires.

Angleterre, 27 manuels, 8 dictionnaires.

Bulgarie, 13 manuels, 4 dictionnaires.

Espagne, 36 manuels, 9 dictionnaires.

Catalogne, 5 manuels, 2 dictionnaires.

Finlande, 10 manuels, 4 dictionnaires.

France, 38 manuels, 8 dictionnaires.

Hongrie, 22 manuels, 6 dictionnaires

Italie, 18 manuels, 5 dictionnaires.

Pays-Bas, 29 manuels, 5 dictionnaires.

Portugal, 11 manuels, 4 dictionnaires.

Tchécoslovaquie, 2 manuels officiels, 15 manuels, 6 dictionnaires.

Japon, 5 manuels, 2 dictionnaires.

Le Fundamento de Esperanto ou premier ouvrage de Zamenhof, traduit déjà par l’auteur en cinq langues : français, anglais, allemand, russe, polonais, est également paru depuis en : arménien, espagnol, juif-espagnol, flamand-hollandais, grec, hongrois, italien, roumain, tchèque, turc.

A cela, il faut ajouter des ouvrages pour une étude plus approfondie de toutes les ressources qu’offre la langue Esperanto parmi lesquels il faut citer :

Fundamenta Krestomatio, de L. L. Zamenhof.

Kursa lerno-libro, de Ed. Privat.

La elementoj de la vortfarado, d’E. Cefec.

Kondordanco de la vortoj de Ekzercaro, de A. Wackrill.

Enfin, des dictionnaires spéciaux qui sont des ouvrages fort intéressants :

Vortaro de Esperanto, de Kabe.

Plena Vortaro, de Emile Boirac.

Enciklopedia Vortareto Esperanto, de Ch. Verax.

Vocabulaire Technique et Technologique, de Ch. Verax.

Provo de Marista Terminoro, de Rollet-de-l’Isle.

Vade-Mecum de Internacia Farmacio, de Célestin Rousseau.

Pour la France, les manuels les plus répandus sont ceux de Th. Cart, Gabriel Chavet, Grosjean-Maupin, Demarcy, Aymonnier. Cependant, le Cours Rationnel et Complet d’Esperanto édité par la Fédération Espérantiste ouvrière, bien compris et très clair, se recommande à tous les ouvriers soucieux d’étudier la langue dans de bonnes conditions.

Les dictionnaires les plus pratiques et les plus simples sont ceux de Grosjean-Maupin :

Dictionnaire Usuel Français-Esperanto.

Dictionnaire Usuel Esperanto-Français.

Dictionnaire Complet Français-Esperanto.

Dictionnaire Complet Esperanto-Français.

Les autres dictionnaires sont :

Vocabulaire Français-Esperanto et Esperanto-Français de Th. Cart.

Dictionnaire Esperanto-Français de De Beaufront.

Dictionnaire Français-Esperanto de Gabriel Chavet.

Dictionnaire Complet Français-Esperanto et Esperanto-Français.

Un grand nombre de brochures de vulgarisation sur la langue internationale Esperanto ont été publiées dans tous les pays. En langue française, elles sont nombreuses, mais ces quelques-unes suffisent pour éclairer les camarades sur la question :

L’Esperanto et l’Avenir du Monde, de A. C. Laisant.

Les Anarchistes et la Langue Internationale Esperanto, de Chapelier et Gassy-Morin.

Où en est la question de la Langue Internationale ? de Archdeacon.

La Langue Internationale (Ce que tout militant doit savoir), de E. Lanty.

A ajouter une grosse brochure très intéressante grâce aux renseignements très précis qu’elle apporte :

L’Esperanto comme langue auxiliaire internationale, éditée par le Secrétariat de la Société des Nations.

Littérature Esperantiste. — Elle comprend évidemment beaucoup plus de traductions que d’originaux, cependant il est déjà possible de dresser une liste de ces derniers. Sans être complète, celle-ci donnera un aperçu.

D’abord, deux petits livres qui feront connaître les débuts de la langue Esperanto et aimer son auteur :

Historie de la lingvo Esperanto, de Ed. Privat.

La Vivo de Zamenhof, de Ed. Privat.

Puis, au hasard :

Cu li ? de Dr Valienne.

Kastelo de Prelongo, de Dr Valienne.

La Rompantoj, de F. Pujula Valjes.

Frenezo, de F. Pujula Valjes.

Misteroj de Amo, de Nadina Kolovra.

El la Proksima Oriento, d’Ivan Krestanov.

La Bulgara lando kaj popolo, d’Ivan Krestanov.

La hundo parolanta, de Daniel Eyquem.

Karlo, de Ed. Privat.

Tra l’silento (poèmes), d’Ed. Privat.

Ginevra, de Ed. Privat.

Abismoj, de Jean Forges.

Saltego trans l’armiloj, de Jean Forges.

Stranga Heredajo, de H. A. Luyken,

Pro Istar, de H. A. Luyken.

Sableroj, de Marie Hankel.

La unna Ondo (poèmes), de Stanislav Schulhof.

Poezio, de Stanislav Schulhof.

Mondo kaj Koro (poèmes), de K. de Kalvesay.

Ho ! Tirij fremduloj (opérette), de F. Hiller.

Nous devons au Docteur Zamenhof les traductions de plusieurs ouvrages d’auteurs de divers pays :

Gœthe (allemand), Ifigenio en Taùrido.

Gojol (russe), La Revizoro.

Andersen (danois), Fabeloj.

Orzeszko (polonais), Marta.

Shakespeare (anglais), Amleto.

Molière (français), Georges Dandin.

Salom Alejhem (hébreu), La Gimnazio.

Henri Heine (allemand), La Rabistoj.

Quant aux autres ouvrages de traductions, ils sont trop nombreux pour être énumérés ici. La bibliothèque Georges Davidov, par exemple, compte aujourd’hui 9.000 volumes.

Les auteurs traduits en Esperanto sont de tous les temps et de tous les pays et certains noms suffiront pour montrer l’importance de la bibliothèque esperantiste.

Parmi les auteurs anciens : Plaute, Virgile, Aristophane, Ésope, Homère, Sophocle, Lucius Apulejus.

Pour l’Allemagne : Gœthe, Grimm, Heine, Schiller, Berthavon Suttner, Raabe, H. Zschokke, W. Hauff, Kant, F. Raimund, Reitzel, Karl Marx.

Pour l’Angleterre : Shakespeare, Edgar Poê, Oscar Wilde, Dickens, Byron, Golschmitt, Arnold Bennet. Mabel Wagnalls, 1. M. Griesy.

Pour l’Autriche : Artur Schnitzler.

Pour la Bulgarie : Stamatov, E. Pelin.

Pour l’Espagne : Cervantès.

Pour l’Esthonie : Friedbert Tuglas.

Pour la France : Molière, Racine, La Fontaine, Beaumarchais, Bernardin de Saint-Pierre, Abbé Prévost, Ch. Perrault, Châteaubriant, Alfred de Vigny, H. de Balzac, Renan, Elisée Reclus, C. A. Laisant, Mirbeau, Pierre Louys, Tristan Bernard, Sébastien Faure, Romain Rolland, Barbusse, Delaisi.

Pour la Hollande : Stiprian Luïcuis, Hildebrand, Domela Nieuvenhuis.

Pour la Hongrie : Alexandre Petofi, Geza Gardoni, Bela Kun.

Pour l’Italie : Guiseppe Mazzini, Francisko Nitti.

Pour le Japon : K. Ossaka, Mazumi Hügü, Takeo Arisiche.

Pour la Pologne : Aleksy Pzevisky, Antoni Wyslouch, A. Niemojenski, A. Mickiewicz.

Pour la Russie : G. V. Avsejenko, Tugan, Baranovsky, Aleksandro Drozdor, Alekssandro Bloch, J. S. Turguenev, A. S. Ruskin, Vlas Dorosevic, Tolstoï, Kropotkine, Gorki, Putchkine, Gogol, Korolenko, Andreïeff.

L’activité des esperantistes ne se ralentit pas et chaque semaine paraissent de nouvelles traductions ou d’autres œuvres originales.

Si l’on ajoute qu’il paraît actuellement une centaine de journaux et revues, le mouvement esperantiste apparaîtra alors comme un mouvement actif et susceptible de rallier bien des sympathies autour de lui.

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